#22 – Le vrai KPI, c’est l’intuition — Jeanne Le Melinaire
Introduction
Si tu construis ton activité en ligne, tu connais ce piège, tout le monde finit par se ressembler, mêmes posts, mêmes offres. Dans cet épisode, je reçois Jeanne Le Melinaire, fondatrice d’iziwup, qui a réussi le contraire, se rendre reconnaissable sur un marché ultra encombré, celui de l’éducation financière.
On déroule l’épisode à travers ses forces. Tu vas repartir avec des leviers concrets, déléguer ta charge mentale pour enfin publier, transformer un concept déjà vu en produit qui te démarque, suivre ton intuition même quand ton entourage te dit le contraire, et tenir mentalement quand une année part en vrille. Si tu veux différencier ton offre et protéger ton énergie, cet épisode est pour toi.
Chapitrage de l’épisode
00:00 – Teaser, faire passer son travail avant tout
00:49 – Le concept de l’épisode, le test des forces de Gallup
03:12 – Force 5, la responsabilité et la remise en question permanente
07:24 – Déléguer sa charge mentale pour enfin avancer
10:42 – Force 4, l’endurance et casser le mythe de l’entrepreneur
14:59 – Du droit à la banque, son chemin vers l’entrepreneuriat
21:06 – Force 3, la stratégie et le besoin de se démarquer
25:52 – Vendre des produits finis plutôt que du contenu
30:04 – L’intuition du format papier et convaincre ses associés
34:15 – Force 2, la positivité et l’enthousiasme contagieux
37:36 – Traverser une année 2025 très difficile
42:27 – Le cross du collège et la puissance du mental
48:29 – Pourquoi la famille et les amis sont de mauvais conseillers
54:41 – Où en est iziwup, chiffres, victoires et mission
58:56 – Force 1, la soif d’apprendre et le rôle de l’intuition
Le vrai KPI, c’est l’intuition
Si tu construis ton activité en ligne, tu connais ce piège. À force de regarder ce qgue font les autres, tout le monde finit par se ressembler. Mêmes posts, mêmes promesses, mêmes offres. Sur un marché aussi encombré que l’éducation financière, se rendre reconnaissable relève presque de l’exploit. Jeanne Le Melinaire, fondatrice d’iziwup, y est pourtant arrivée.
Pour cet épisode, je lui ai fait passer le test des forces de Gallup avant notre échange, et nous avons déroulé son parcours force par force. Ce qui en ressort, ce n’est pas une leçon théorique sur l’entrepreneuriat, c’est une série de partis pris assumés, souvent à contre-courant de ce qu’on entend partout. Voici ce que j’en retiens.
D’une carrière toute tracée à un saut dans le vide
Jeanne n’est pas tombée dans l’entrepreneuriat par hasard. Études de droit, master de finance en ingénierie patrimoniale, puis un poste de conseillère patrimoniale dans une grande banque. Sur le papier, une trajectoire idéale.
Sauf qu’elle se sentait à la mauvaise place. La routine, arriver chaque matin au même endroit à la même heure, ne lui convenait pas. En rencontrant ses clients, elle a fait un constat simple, personne ne nous apprend à gérer notre argent. On nous pousse à en gagner, jamais à savoir quoi en faire.
C’est là qu’est née sa mission, transmettre les compétences financières qu’elle avait mis des années à acquérir. Mais elle n’a pas quitté son poste sur un coup de tête. Pendant près de deux ans, elle a structuré son projet en parallèle de son travail, avant de sauter le pas une fois qu’elle se sentait prête.
La leçon pour toi, l’envie d’entreprendre ne suffit pas. Jeanne savait pourquoi elle se lançait et avec quelles compétences. Elle ne voulait pas entreprendre pour entreprendre, mais résoudre un problème précis.
Se démarquer, vendre un produit fini plutôt que du contenu
Sur les réseaux, la plupart des créateurs en finance se ressemblent. Mêmes conseils, mêmes formats. Jeanne a fait un choix différent, ne pas se contenter de produire du contenu, mais matérialiser son savoir dans des produits pédagogiques finis.
C’est ainsi qu’est né Easybook, un cahier d’activité sur l’éducation financière. L’idée vient de son propre vécu, enfant, elle adorait les cahiers de vacances au point d’en réclamer plusieurs. Elle a repris ce concept connu de tous et l’a adapté à un sujet où personne ne l’attendait.
Sa méthode pour innover est claire. Elle s’inspire de ce qui existe, non pas pour le copier, mais pour trouver comment faire différemment. C’est ce qu’elle appelle sa marque de fabrique.
La leçon pour toi, tu n’as pas besoin d’inventer une catégorie. Prends un format que ton audience connaît et aime déjà, puis applique-le à ton expertise sous un angle que personne n’a osé.
Le pari du papier dans un monde digital
Voilà le moment le plus contre-intuitif de son histoire. Au départ, iziwup devait être une solution exclusivement digitale, un format applicatif. Quand Jeanne est arrivée devant ses associés avec l’idée d’un cahier en papier, ils ne comprenaient pas. Pourquoi s’éloigner autant du plan de départ.
Sa conviction, l’argent reste un tabou en France, et c’est dans le cercle familial qu’on apprend d’abord. Autour d’un écran, on n’a pas le même type de discussion qu’autour d’un support papier posé sur la table. Le papier crée la conversation.
Pour limiter le risque, ils ont financé ce pari avec une bourse obtenue dans un programme d’accélération, plutôt que sur leurs fonds propres. Le résultat, ce qui devait être une lubie est devenu leur force. Plus de 20 000 livres distribués depuis.
La leçon pour toi, quand une intuition produit va à contre-courant, ne la rejette pas par principe. Trouve un moyen de la tester à moindre risque avant de trancher.
Le vrai KPI, c’est l’intuition
Jeanne se décrit comme quelqu’un de très intuitif. Certaines décisions, elle sait simplement qu’il faut les prendre, sans toujours pouvoir l’expliquer. C’est ce qui a porté le projet Easybook, contre l’avis initial de ses associés.
Cette intuition lui sert aussi dans la relation. Elle scanne rapidement la personne en face d’elle, sa façon de se positionner, ses mots, ses gestes, et adapte instantanément sa manière de communiquer. Un atout précieux en négociation.
Attention, elle ne rejette pas les chiffres. Avec ses associés, ils suivent leurs KPI et priorisent leurs chantiers point par point. Mais elle ne se laisse pas enfermer par la donnée. L’intuition guide la direction, les chiffres confirment le chemin.
La leçon pour toi, les tableaux de bord sont utiles, mais ils regardent le passé. Ton intuition, nourrie par ton expérience du terrain, est souvent en avance sur tes métriques.
Déléguer sa charge mentale pour enfin avancer
Première force révélée par le test, la responsabilité. Jeanne se remet sans cesse en question. Après une conversation, un post, un rendez-vous commercial, elle repasse tout en boucle. Est-ce que j’ai bien dit les choses. Ce trait peut devenir un frein, on n’avance plus parce qu’on doute de tout.
Sa solution n’a pas été de changer sa personnalité, elle a compris qu’on ne se transforme pas du tout au tout. Elle s’est entourée. Sa community manager joue le rôle de garde-fou, un regard extérieur et plus objectif que le sien, qui valide et lui permet de lâcher prise.
La leçon pour toi, tes failles ne se corrigent pas toujours par la volonté. Parfois, la bonne réponse est de déléguer la partie où tu bloques à quelqu’un dont c’est justement la force.
La positivité, un moteur et parfois un masque
Deuxième force, la positivité. Jeanne se décrit comme solaire, et elle s’entoure de personnes qui le sont aussi. Son dicton, travailler sérieusement sans se prendre au sérieux.
Mais elle est lucide. Cette positivité est aussi un masque. L’année 2025 a été dure, une levée de fonds qui ne s’est pas bien passée, une déception humaine, des deuils dans son entourage. Sa positivité ne règle pas les problèmes, mais elle l’empêche de se morfondre et lui permet de continuer à avancer. En tant que dirigeante, elle estime aussi que ses équipes n’ont pas à subir ses états d’âme.
La leçon pour toi, l’optimisme n’est pas du déni. C’est une décision quotidienne de ne pas laisser les coups durs dicter ton énergie, ni celle de ton équipe.
La puissance du mental, une leçon d’enfance
Pour illustrer sa détermination, Jeanne raconte un souvenir marquant. À douze ans, la veille d’un cross au collège, elle annonce à ses parents qu’elle finira première. Son père, gentiment, lui répond qu’avec ses petites jambes, il l’aimera même si elle arrive dixième.
Blessée, elle transforme le doute en carburant. Le lendemain, elle gagne. Selon elle, ce n’est pas le physique qui a fait la différence, c’est cent pour cent le mental. Cette leçon ne l’a jamais quittée, et elle y revient dans chaque moment de faiblesse.
La leçon pour toi, ne sous-estime jamais la puissance du mental. Le doute des autres peut devenir ton meilleur moteur si tu choisis d’en faire un défi plutôt qu’une sentence.
Pourquoi la famille et les amis sont rarement les bons conseillers
Voici un parti pris que peu osent assumer. Quand on entreprend, dit Jeanne, la famille et les amis ne sont pas les meilleurs conseillers. Non par mauvaise foi, mais par peur, ils projettent leurs propres craintes sur toi. Elle vient pourtant d’une famille d’entrepreneurs, et son père l’a beaucoup découragée.
Elle assume aussi un choix qui dérange, son travail passe avant le reste. Une amie le lui a reproché. Sa réponse est sans détour, ce ne sont pas ses amis qui la nourrissent à la fin du mois. Ce n’est pas un mépris du repos, c’est un choix de vie qu’elle ne reproche à personne, mais qu’elle revendique pour elle.
C’est pourquoi elle est allée chercher son soutien ailleurs, dans un réseau d’autres entrepreneurs qui vivent les mêmes problématiques.
La leçon pour toi, choisis bien à qui tu demandes conseil. Les gens qui t’aiment ne sont pas toujours ceux qui comprennent ce que tu construis.
Une mission, pas seulement une entreprise
Aujourd’hui, iziwup propose des solutions éducatives et ludiques autour de l’éducation financière. Une gamme de cahiers d’activité pour les familles, et une plateforme de formation intégrée directement dans le cursus d’écoles supérieures, pour que ce ne soient pas les étudiants qui paient.
Les chiffres parlent, plus de 20 000 livres distribués, plus de 2 000 étudiants formés, une dizaine d’écoles partenaires. Les ministères la connaissent, même si le contexte ne permet pas encore d’avancer aussi vite qu’elle le voudrait. Son objectif est clair, rendre l’éducation budgétaire obligatoire à l’école dans moins de dix ans.
Ce que je retiens de cet échange
Le fil rouge de Jeanne Le Melinaire, c’est le courage de ses convictions. Choisir le papier quand tout pousse au digital. Suivre une intuition qu’elle ne sait pas toujours justifier. Protéger son énergie quitte à décevoir ses proches.
Si tu cherches à différencier ton offre et à tenir la distance, retiens ceci. La différenciation ne vient pas de plus de stratégie, mais d’une conviction assumée et d’une connaissance fine de toi-même. Le reste, ce sont des outils.
Tu peux retrouver Jeanne sur LinkedIn, où elle documente son challenge d’investissement en bourse, sur Instagram avec sa série Décroche la thune, et découvrir ses produits sur iziwup.com.
Francisco Teixeira
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