#20 – Réussir sans renoncer à soi, est-ce possible ? — Egon Liberge
Introduction
Dans cet épisode, je reçois Egon Liberge, ex-copywriter devenu responsable email marketing dans une grande plateforme de location de ski, et l’un des penseurs les plus lucides que je connaisse sur la tension entre performance et créativité. Ensemble, on plonge dans un sujet que trop peu d’infopreneurs osent aborder, la bataille intérieure entre “faire des résultats maintenant” et “faire un travail dont on est fier”, et pourquoi ce conflit explique 80 % des dérives du marketing actuel.
On parle de copywriting, de relation client, de rareté, de positionnement, du mensonge intégré dans certaines tactiques US, et surtout du futur de l’infoprenariat, un futur plus humain, plus long terme, plus respectueux des clients. Si tu veux comprendre comment construire un business qui ne repose pas sur les urgences bidons, et si tu veux t’éloigner de la course au “toujours plus”, cet épisode va t’ouvrir de nouvelles perspectives.
Chapitrage de l’épisode
00:00 – Invitations papier, différenciation et expérience client
03:33 – Le pari d’inviter des “grands noms” avec un petit podcast
05:58 – Le colis en plexi, la citation personnalisée et l’effet rareté
08:19 – Plaisir créatif ou conversion, faut-il vraiment choisir ?
13:30 – Copywriting agressif vs travail dont on peut être fier
20:55 – Le parcours d’Egon, ex-copywriter freelance désaligné avec la niche infopreneuriale
26:31 – Emailing dans une plateforme de ski, quand le produit fait 90 % du boulot
33:36 – McDo vs chef étoilé, quel type de business tu veux vraiment construire ?
40:32 – Codes promo, Black Friday et réalité brutale du marché
46:34 – Vendre sans artifices, l’exemple de Romain Collignon
48:57 – Patagonia, Yvon Chouinard et le marketing guidé par une philosophie
53:39 – Jeux finis, jeux infinis et patience entrepreneuriale
57:12 – L’histoire de Khalid à Jaipur, argent, sens et vraie question sur le bonheur
01:07:50 – Mon système relationnel, le nurturing et jusqu’à 1M€ de CA en lancement
01:37:52 – Tester à petite échelle, raconter des histoires et réconcilier performance et intégrité
Réussir sans se renier : conversation sur le business, l’âme et le marketing
Il existe une question que peu d’infopreneurs veulent affronter, mais qui finit par revenir un jour ou l’autre :
peut-on réussir sans renoncer à soi ?
C’est la question qui traverse l’épisode que j’ai enregistré avec Egon Liberge, ex-copywriter devenu responsable emailing dans une grande plateforme de location de ski. Une discussion rare, dense, honnête. Une discussion sur la manière dont on veut entreprendre, sur les sacrifices que l’on refuse de faire, et sur la possibilité d’un business qui respecte l’humain.
Cet article reprend les idées les plus fortes de notre conversation.
1. Differenciation : pourquoi j’envoie des invitations papier
Tout est parti d’une question simple que me pose Egon :
Pourquoi je prends la peine d’envoyer des invitations papier aux invités du podcast ?
La réponse est double.
D’abord, parce que je veux créer une expérience qui se distingue de tout ce qui se fait. Dans un monde où tout est automatisé, industrialisé, compressé, où une invitation se fait en 10 secondes via Instagram, j’ai fait le choix inverse : écrire, choisir, personnaliser, prendre du temps.
Ensuite, parce que si je parle de relation, je dois l’incarner.
On ne peut pas affirmer que la relation est la meilleure persuasion possible, puis se comporter comme tout le monde.
J’envoie donc une citation sous plexiglas, personnalisée, accompagnée d’un mot écrit à la main. Même si la personne n’accepte pas l’invitation, elle reçoit quelque chose qui a une âme. Quelque chose qu’elle gardera peut-être. Et si elle garde cet objet sur son bureau, la relation a déjà commencé.
2. Le dilemme : plaisir créatif ou obsession de convertir
Egon m’a posé une question que je n’avais jamais formulée clairement :
est-ce que je fais ça pour me faire plaisir ou pour convertir ?
La vérité, c’est que les deux comptent.
Le plaisir d’abord, parce que je ne veux pas devenir un simple distributeur de messages. La conversion ensuite, parce qu’un podcast doit vivre, avancer, progresser.
L’envie d’être fier de ce que je fais entre en tension permanente avec l’envie que ça marche. Et c’est là que commence la réflexion essentielle :
Comment entreprendre sans renoncer à ce qui nous rend vivant ?
3. Le drame invisible du copywriting
Egon a vécu ce conflit de l’intérieur.
Ancien copywriter freelance dans l’infoprenariat, il écrit pour des business qui veulent du résultat, vite, beaucoup, toujours.
Mais derrière chaque campagne efficace, quelque chose se perd.
L’expression personnelle.
La spontanéité.
La sensibilité.
L’envie de faire les choses bien.
Sur le papier, les tactiques sont rentables.
Mais elles coûtent autre chose : soi-même.
C’est pour ça qu’il a quitté le freelance pour revenir au salariat, où il peut séparer son art et son revenu. La création d’un côté, l’argent de l’autre.
Sa phrase m’a marqué :
« J’avais l’impression qu’à chaque fois que je créais, je devais renoncer à une partie de moi. »
Ce malaise, tellement de copywriters et d’infopreneurs le ressentent.
4. Pourquoi l’infoprenariat répète les mêmes recettes
Une observation revient souvent :
Pourquoi les grands infopreneurs utilisent-ils encore les mêmes séquences qu’en 2019, parfois les mêmes pages, les mêmes mécaniques d’urgence, les mêmes angles de peur ?
Parce que cela fonctionne.
Mais cela fonctionne sur un certain type de client, à un certain stade de conscience, dans un certain type d’écosystème.
Et surtout :
cela fonctionne au prix d’un appauvrissement créatif.
Egon apporte un contraste avec son travail actuel : une plateforme de ski où les emails sont courts, directs, rationnels, et pourtant très performants. Parce que le produit fait le travail. Parce que la demande existe déjà. Parce que la relation marque-produit est différente.
Ce qui entraîne une conclusion cruciale pour l’infopreneur :
le marketing dépend entièrement du type de business que tu veux créer.
5. Les modèles de business et la question du sens
Faut-il être McDonald’s ou un restaurant gastronomique ?
Faut-il faire du volume ou de l’exceptionnel ?
Faut-il être Patagonia ou une marque moyen de gamme ?
Ce sont des questions fondatrices.
Elles orientent tout le reste.
Patagonia est un exemple fascinant : une marque qui vend des produits chers, fabriqués avec une exigence écologique extrême, avec un marketing fondé sur l’éducation et les histoires vraies. Leur slogan interne :
The planet is our only shareholder.
Yvon Chouinard, leur fondateur, raconte qu’il a dormi dans sa voiture et mangé des conserves pour chats. Il a sacrifé du confort pour son idéal.
Ce qui pose une question directe :
Es-tu prêt à renoncer au court terme pour bâtir quelque chose qui te ressemble vraiment ?
6. Le jeu infini : entreprendre pour durer, pas pour prouver
Simon Sinek parle du concept de jeu fini et de jeu infini.
Le jeu fini, c’est vouloir gagner tout de suite, prouver, accumuler, forcer, extraire.
Le jeu infini, c’est vouloir continuer à jouer, durer, améliorer, créer, élargir.
L’infoprenariat est souvent piégé dans le jeu fini :
“Comment faire 100 000 euros en trois mois ?”
Mais dès qu’un acteur décide de jouer un autre jeu, tout change.
Les taxis ont longtemps gagné en abusant des clients.
Puis Uber est arrivé.
D’un coup, le jeu a changé.
Le premier qui joue un jeu plus humain finit souvent par gagner.
7. Vendre sans se renier : c’est possible
Nous avons parlé de mon système relationnel :
Une machine simple, artisanale, relationnelle, qui nourrit la confiance au fil du temps sans jamais forcer la main.
Trois mails par semaine.
Pas de pression.
Pas de fausses promotions.
Juste une relation.
Ce système génère entre 500 000 et 1 million d’euros par lancement pour mon client principal.
Preuve qu’un autre modèle est possible.
La clé :
la relation précède la conversion.
8. Construire un business avec une âme
À la fin de notre conversation, ce qui ressort est simple.
Un business est une extension de toi.
Si tu te renies, tôt ou tard, ton business te reniera aussi.
Tu dois choisir non pas ce qui rapporte le plus vite, mais ce qui te permet d’être fier de toi.
De dormir tranquille.
De créer un travail qui t’élève.
Il existe une place pour le business efficace et humain.
Il existe une place pour la performance sans manipulation.
Il existe une place pour l’ambition sans renoncer à soi.
Encore faut-il oser emprunter ce chemin.
Conclusion : La vraie victoire, c’est de rester soi-même
L’argent se compte.
Le bonheur, non.
Et c’est bien ce qui rend le sujet difficile.
Mais au fond, la vraie question n’est pas :
« comment réussir ? »
La vraie question est :
« comment réussir sans perdre ce qui compte ? »
Cet épisode avec Egon est une invitation à regarder ton business autrement.
À te demander ce que tu veux créer.
Et surtout : qui tu veux devenir en le créant.
Francisco Teixeira
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Références de l’épisode :
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